Historique

 

1955-2005
2005, année jubilaire de Collège Saint-Michel: clic!

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Selon le fascicule publié en 1980 à l'occasion du millénaire de Gosselies et du 25e anniversaire du Collège et avec l'aimable autorisation de son auteur, Monsieur Jean Lefevre (1923-2008), Docteur en Histoire - Professeur d'histoire au Collège Saint-Michel (1978-1988) - Moine oblat de l'Abbaye de Maredsous. Nous l'en remercions.

 
 
 

  (GOSSELIES, Jeune Millénaire, Tome Premier, Éditions du Chapois Gosselies - 1980)

Aux origines de Sart-les-Moines (v.1110)

 

Sart-les-Moines est fondé vers 1110 par Raoul de Viesville (mort vers 1110) qui en a le projet, mais surtout par Pétronille de Roucy , sa femme, (tous deux de la famille des premiers seigneurs de Gosselies, les Viesville-Florennes) qui réalise et amplifie l'idée de son défunt mari.

 

Cette Pétronille de Roucy est en fait Pétronille de Florennes car elle descend, par son père, de cette puissante et remuante famille féodale de notre Entre-Sambre et Meuse. Par sa mère, Hadewide, Pétronille de Florennes, devenue dame de Gosselies par son mariage avec Raoul de Viesville est issue des Seigneurs d'Avesnes, féodaux importants de notre ancien Comté de Hainaut. Or, Ada, grand-tante de Pétronille, fonde en 1095, une abbaye de moines bénédictins: Liessies qui deviendra fort célèbre au 16e siècle avec son abbé Louis de Blois, un des grands auteurs spirituels de nos vieux Pays-Bas Espagnols.

 

 Pétronille à Gosselies même adjoint à l'église un baptistère. C'est le signe d'une paroisse ayant pleine juridiction: la présence d'un baptistère signifie une autonomie totale par rapport à une autre paroisse primitive (Jumet) dont Gosselies apparaît détachée, dès 980. Et tout naturellement, quand Pétronille voudra, à son tour, fonder sur ses terres un monastère, s'adressera-t-elle à l'abbaye de Liessies pour en obtenir quelques religieux. Elle désire les installer dans un endroit éloigné des bruits de la ville (de Gosselies) afin qu'ils puissent servir Dieu tranquillement. Elle jette son dévolu sur le lieu-dit Avelinsart où elle possède une maison forte, une ferté. Elle la fait simplement et purement araser et commande que l'on construise, à sa place, une église avec tous les bâtiments monastiques adjacents: cloître, chapitre, dortoir... Pour le peupler, elle fait venir des moines de Liessies, 3 ou 4, car c'est un simple prieuré.

Avelinsart devient Sart-les-Moines pour le distinguer d'un sart voisin: Sart-les-Moulins. On dit aussi dans les vieux textes Saint-Michel-du-Sart, car l'église est consacrée à l'archange Saint-Michel.. Cette propriété appartiendra aux moines de Liessies (don de Pétronille) et comprendra le Prieuré, une terre de +/- 10 ha, un moulin sur le Piéton, le droit de pêche pour le besoin des moines et des dîmes: la neuvième gerbe de toute culture à Gosselies, Wangenies, Tongrinnes, liées à la possession de l'église de ces lieux.

 La seigneurie de Sart-les-Moines

Comme Sart-les-Moines n'est qu'un simple prieuré de Liessies, toutes ses transactions se font au nom de l'abbaye, qui rappelle quand il le faut, que le prieur de Sart n'est que le commis ou le serviteur de Liessies, et qu'il doit régir les biens et percevoir les droits seigneuriaux comme n'importe quel autre seigneur. Car les moines du Sart sont seigneurs du lieu, mais aussi de Ransart (ils y usent d'un sceau, celui de la Cour des Moines, qui représente saint Michel) et de Dampremy. 

"Moines débridés" et "gens de bien" (16e s.)

Comme toutes les maisons monastiques, Sart-les-Moines tombe en décadence dès le 14e s. et devient l'objet de convoitises de la part des hautes autorités ecclésiastiques. C'est ainsi que la période des papes d'Avignon (14e s.) correspond à la cession par ceux-ci des biens de l'Église à leurs favoris ou à ceux (ecclésiastiques et laïcs) dont ils recherchent les appuis politiques ou dont ils veulent récompenser les services. C'est ce qu'on appelle la commende. Sart-les-Moines n'échappe pas à ce fléau. Les bénéficiaires de la commende n'ont qu'un but: toucher des revenus et ils ne laissent généralement aux moines que le strict nécessaire. Évidemment cette situation précaire ne les incite pas à la pratique de toutes les vertus. En 1497, le prieur est Amaury Philippart. Son livre de comptes comporte un chapitre Noces et ducasses. Il est d'ailleurs le plus souvent par voies et chemins. En novembre 1494, il va souper onze fois chez des amis, ce qui laisse supposer que le cuisinier du Sart est incompétent. Les autres moines ont des revenus personnels et ils pratiquent abondamment ce que l'on appellerait aujourd'hui des relations humaines: d'aucuns vont aux ducasses des environs, d'autres s'en retournent en famille pour huit mois parfois...

 

Fort heureusement pour la morale, si les moines du Sart sont "mal gouvernés" comme dit un texte contemporain, les "gens de bien" de Gosselies (de pieux laïcs sans doute) veillent sur eux et, vers 1520, ils écrivent à l'abbé de Liessies, Louis de Blois, qui essaie précisément de réformer les moines de l'endroit. Cette lettre touchante montre les "gens de bien" de Gosselies sous un jour fort vertueux au point que, pour sauver leurs moines, ils songent à faire appel au Pape lui-même.

 

Pour l'un de ses successeurs, le prieur Jean Robert (1513-1517), la maison priorale paraît n'être plus qu'un pied-à-terre. Le 6 février 1513, il dîne chez le prieur de Lobbes qu'il ramène à sart-les-Moines avec le mayeur de Thy-le-Baudouin et les invite à un souper servi par des servantes. Dans les comptes de 1513 et 1517, il est noté que chaque année le prieur offrait aux maires, aux échevins et à leurs épouses de Ransart de de Dampremy un grand banquet. Ces moines, éloignés de leur abbaye, s'étaient donc depuis longtemps accoutumés à une vie facile et différente de celle prescrite par la règle.
 

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A Liessies heureusement, la plainte des "bonnes personnes" de Gosselies ne pouvait tomber plus à pic. Le nouvel abbé, Louis de Blois (photo), de très haute lignée, apparenté aux Barbançon, aux Ligne et aux comtes de Blois, ami personnel de Charles-Quint, vient d'être nommé abbé.

 

Pour inciter ses moines à changer de vie, il compose Le miroir des moines. Mais ils ne se reconnaissent guère dans ce miroir des vertus qu'on leur présente et qu'on les invite à pratiquer. Ils prennent donc la fuite, sauf trois qui ont dû consoler leur abbé de bien des déboires. Finalement, après quelques années, ils consentent à rentrer à Liessies, mais l'abbé doit signer avec eux un véritable contrat sur les coutumes qu'ils veulent bien adopter.

 

C'est un document bien instructif. Les moines acceptent donc de reprendre la vie commune, de se livrer à un travail intellectuel et même manuel. L'abbé, lui, use de moyens divers pour se faire entendre: aux auteurs d'infractions, il fait passer de petits billets leur disant que tout s'expie après la mort, mais les récalcitrants connaissent aussi -bien vivants- les châtiments corporels traditionnels: le fouet et aussi la prison monastique, d'ailleurs bien plus confortable que les prisons de tout le pauvre monde de ce temps-là.

 

Au demeurant, ce moines réformés de Liessies ne paraissent pas si malheureux que cela et il faut que ceux de Sart-les-Moines soient bien débridés pour refuser de rentrer à l'abbaye-mère partager le régime de leurs frères. Jugez-en: chaque jour, deux heures de promenade, de conversation ou de musique. Chaque mois, tout un jour de récréation à prendre dans les champs et les bois des alentours. Tous les deux ans, des vacances en famille. D'excellente nourriture: bière à volonté, un verre de vin chaque jour, deux aux fêtes. Et selon le principe: bonne cuisine, bonne discipline, une table garnie aux jours maigres de carpes, brochets, morues, harengs, saumons, turbots même (tous ces poissons de mer venant d'Anvers). De bons desserts, des fruits secs. Et les soirs de Carême, deux tables, l'une pour tout le commun des moines; l'autre, pour les jeûneurs éprouvés: du pain sec mais avec du vin.

 

 C'est à cette vie saine et aéré que Louis de Blois convie les moines du Sart. Mais il font la sourde oreille pendant vingt-cinq ans. Finalement, après deux bulles du Pape et des multitudes de lettres volant de tous côtés, les moines du Sart rentrent à Liessies. Louis de Blois a gagné par sa patience et sa persévérance. Vers 1660, les moines reviennent au Sart pour encore un bon siècle.

 

Vers la fin du 17e s., Sart-les-Moines, de simple chapellenie qu'il était devenu sous Louis de Blois (vers 1572) a retrouvé son rang de prieuré. Le retour des moines au Sart est dû principalement à des motifs bien plus économiques que spirituels. Il devient de plus en plus difficile de surveiller de loin des biens considérables qui éveillent la convoitise des seigneurs de Gosselies. Le retour des moines coïncide d'ailleurs avec divers procès ou contestations qu'ils ont avec les seigneurs d'alors: les Sainte-Aldegonde.

Reconstruction du prieuré (1732)

Les moines du Sart, comme tous leurs contemporains moines, sont saisis par la fièvre de la bâtisse. Voici pourquoi: pendant toue la seconde moitié du 17e s., nos régions ont été ravagées par le passage des troupes françaises (Gosselies a été incendié en 1684), nos ennemies, et les troupes espagnoles (nos amies) toutes deux aussi dévastatrices. Durant ces périodes troublées, les monastères, collégiales, cathédrales n'ont pu entrer régulièrement en possession de leurs revenus fonciers et toutes ces saintes institutions tirent le diable par la queue. Mais avec les traités d'Utrecht (1713-1715) qui font passer, jusqu'en 1794, nos régions sous le régime autrichien, de nombreux arriérés sont perçus et les monastères se trouvent ainsi pourvus de confortables réserves financières. Ils vont les utiliser à reconstruire leurs églises et tous les bâtiments monastiques adjacents sur des plans généralement grandioses et, à la limite, démentiels, pour leurs finances, car la plupart de ce monastères se ruineront dans la bâtisse.

 

Mais cela nous a valu les grands ensembles en ruine ou intacts comme Aulne, Villers-la-Ville, Lobbes, Bonne-Espérance, Floreffe, pour ne citer que les plus proches. Sart-les-Moines n'échappe pas au mouvement, mais ici, les travaux resteront à une échelle modeste. C'est que le prieuré n'abrite que trois ou quatre personnes. Terminée, la reconstruction nous livrera un bel ensemble en quadrilatère, (voir plan), fait de briques et pierres avec de hauts toits caractéristiques et avec une modeste église à une seule nef sans clocher, mais qui a bien du caractère.

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L'addition des chiffres en grandes capitales donne 1732. C'est sans doute la date de la finition de l'oeuvre. Ces lieux, Agapit, abbé, les a érigés au divin (à saint) Michel. Effectivement, depuis les origines du prieuré, Saint Michel est son patron.

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Tout ceci, vers 1732, est l'oeuvre de l'Abbé de Liessies Agapit Dambrinne (1708-1740), de même que le renouvellement du mobilier de l'église. Ces lieux, l'abbé Agapit les érige à saint Michel, patron du prieuré depuis ses origines. Il élève dans l'église un monumental autel baroque à colonnes où l'on trouve les statues quasi grandeur nature de Sainte Hiltrude (réputée la première fondatrice de Liessies au 8e s.) et de Saint Agapit (martyr romain). Ces 2 statues encadrent au centre celle de Saint Michel, archange patron du Sart, foulant aux pieds le diable. Ainsi renouvelé, le Sart pouvait encore augurer d'un long avenir et les moines pouvaient croire qu'il célébreraient encore longtemps les deux grandes fêtes du prieuré en l'honneur de saint Michel, le 8 mai, la commémoration de son apparition sur le Mont-Gargan en Italie du Sud; le 29 septembre, l'issue heureuse de son duel avec un pauvre diable qu'il précipita aux enfers avec cette fière réplique: 'Qui est fort comme Dieu?". Le Prieuré semble reparti pour de longs siècles, mais l'Histoire en a décidé autrement.
 

Les derniers jours de Sart-les-Moines (1792-1797)

 

En France, la révolution commencée le 14 juillet 1789 s'était internationalisée pour faire face à une coalition européenne où figurait l'Empire d'Autriche, dont notre région faisait partie. Nous étions donc, tout naturellement sur le chemin des invasions. Dès 1792, une première victoire française à Jemappes fait s'enfuir les moines du Sart qui n'en n'attendent rien de bon. Mais cette fuite, si elle les protège provisoirement, les discrédite aussi aux yeux des autorités françaises d'occupation et des éléments progressistes ou simplement exaltés de la population locale.

Mais les événements se précipitent: les Français, un moment repoussés, reviennent en force et, cette fois, pour une occupation définitive qui durera jusqu'en 1814. Tout commence avec la bataille de Fleurus (26 juin 1794) et la victoire française suivie du pillage de Sart-les-Moines. Dès octobre 1794, les Français imposent une contribution de guerre: le monastère du Sart est taxé pour 6000 livres mais le Prieur refuse de souscrire à un emprunt forcé institué ensuite. Ses meubles et effets sont donc vendus.

Le 1er septembre 1796, le prieuré comme tous les autres instituts religieux est supprimé, et dès le 27, l'inventaire est fait. Le prieur, dom Agapit Debaume (né à Thuin en 1741 et mort au prieuré le 16 novembre 1804, il fut le dernier prieur bénédictin du Sart) et seul résident depuis 2 ans, commence par déclarer qu'il a perdu le registre des biens, moyen communément utilisé pour gagner du temps. Quant à l'inventaire du prieuré lui-même, il révèle, en apparence, le dénuement, mais il est évident que tout ce qui pouvait être emporté et caché ailleurs l'a été. Ce qui n'a pas été possible avec le grand autel baroque de 1732, toujours en place. Et le 29 décembre 1797, c'est la vente du prieuré lui-même et de ses alentours (environ 1 ha et demi) évalué à 10000 F. Il sera acquis par Dom Eugène Delpierre, un ancien moine de Lobbes. Ainsi, à sa modeste place, la fin du prieuré témoigne du profond bouleversement politique, économique et social de la fin du 18e s. Désormais, le pouvoir politique et la puissance économique du clergé et de la noblesse, reposant sur la terre, vont faire place à ceux d'une nouvelle classe sociale, reposant sur l'argent: la bourgeoisie conquérante. En nos régions, elle tirera sa richesse de la houille, du fer et du verre.

Au cours du 19e s., le prieuré est transformé en ferme , puis en tannerie et l'église appropriée à cet usage. Pour créer des fosses aux cuirs, on éventre le pavement. C'est alors que disparaissent les tombeaux des seigneurs de Gosselies de la première race: les Florennes-Viesville (avec Pétronille et Eble). De propriétaire en propriétaire, le prieuré se trouve plus ou moins abandonné jusqu'en 1903 où il retrouve sa destination primitive de lieu de prière et de travail intellectuel.

En 1804, avait disparu le dernier Prieur bénédictin. Un siècle plus tard, un jour nouveau allait se lever pour le Prieuré. Les persécutions françaises, depuis 1880, avaient forcé bien des communautés à se dissoudre et des religieux à s'expatrier. On sait que parmi ceux qui n'étaient pas le moins en vue des spoliateurs et persécuteurs, il y avait une petite congrégation, toute jeune, celle des Augustins de l'Assomption. Leur fondateur, le très révérend Père d'Alzon (1810-1880), Vicaire Général de Nîmes, créateur d'oeuvres multiples, directeur du Collège de l'Assomption, combattant intrépide pour la liberté de l'enseignement, se mourait dans son cher collège pendant que l'on crochetait les portes, en exécution d'un décret d'expulsion, le 21 novembre 1880. Sa petite famille, elle existait depuis 1845, fut déjetée comme une graine légère que le vent emporte, semble-t-il, sans espoir de lever jamais. L'Espagne, la Hollande, l'Angleterre recevaient les petites colonies de ses religieux, impitoyablement chassés. La Belgique accueillit un premier contingent de ces moines modestes à Taintegnies, près de Tournai, à Bure, à Louvain. Un moine bénédictin se trouva providentiellement sur le chemin d'un Père de l'Assomption, le Père Eustache Pruvost, qui sera le fondateur et le premier supérieur de la Communauté Assomptionniste à Sart-les-Moines. Depuis quelques années déjà, celui-ci rayonnait dans la région en quête d'un poste à y prendre. Grâce à la sympathie de beaucoup, particulièrement de la famille Drion du Chapois de Gosselies, qui restera si généreusement le soutien des religieux, le 22 juin 1903, le Prieuré changeait de propriétaire; un contrat d'achat était signé par le Supérieur Général des Augustins de l'Assomption, le R.Père Emmanuel Bailly et par les anciens propriétaires. Des moines de Saint-Augustin reprenaient la place, un instant abandonnée par des moines de Saint-Benoît

 

Sart-les-Moines: nouveau départ Installation des Assomptionnistes

Leur premier supérieur, le Père Eustache Prévost, y fonda l'oeuvre des vocations sacerdotales tardives continuée par son successeur, le Père Dieudonné Dautreband.)Image
 
En 1903, les lois anti-cléricales de Combes ont chassé de France l'ensemble des instituts religieux. Parmi eux, la congrégation de l'Assomption, fondée en 1845, par le Père Emmanuel d'Alzon (1810-1880). Comme beaucoup d'autres congrégations françaises, celle-ci songe à s'établir en Belgique. Aussi, en 1902, le Père Eustache Prévost parcourt la région de Charleroi à la recherche d'un endroit où fixer une communauté. C'est ainsi qu'il entre en rapport avec Dom Grégoire Fournier, de l'abbaye de Maredsous, qui lui indique l'ancien prieuré de Sart-les-Moines. A Gosselies, le doyen Cambier et la famille Drion du Chapois aident les Assomptionnistes dans leurs recherches. Le 22.6.1903, ceux-ci deviennent propriétaires de Sart-les-Moines. Le 3 octobre, ils y entrent et à la Noël 1903, la messe de minuit est chantée à nouveau dans l'église du Prieuré.
 

Le programme assomptionniste

Le fondateur de l'Assomption, Emmanuel d'Alzon, était une puissante personnalité, avec une ample vision de son temps et bien au-delà. Dès 1870, il avait perçu qu'il fallait pallier une éventuelle pénurie de prêtres et, surtout, ouvrir la prêtrise à des jeunes gens d'origine sociale modeste, mais animés d'un authentique idéal apostolique. Telle fut l'origine des alumnats ou maisons de vocation. Sart-les-Moines était l'un d'eux.
Dès 1903, trois vocations s'y révélèrent et en 50 ans, le prieuré donna plus de 300 prêtre au clergé diocésain ou à diverses congrégations religieuse, car les Assomptionnistes ne concevaient pas les alumnats comme des centres de préparation sacerdotale uniquement à l'usage de leur congrégation. Tel fut, dans la Congrégation Assomptionniste (où existaient aussi des Collèges, des Missions, des centres de pèlerinages, ou de diffusion précoce des média: presse, projections cinématographiques...), le rôle spécifique de Sart-les-Moines ressuscité: d'abord être une maison de formation pour futurs prêtres.pere_dalzon_03


Sites des Assomptionnistes:    France et USA

Le pèlerinage à Saint-Michel-du-Sart

Image Mais ce qui précède ne peut faire oublier le Sart comme centre de pèlerinage. Car, très vite, les Assomptionnistes y renouvelèrent l'antique culte local de saint Michel en ses pèlerinages du 8 mai et du 29 septembre. Cette reprise du culte (on songea, en 1922, à le doubler d'un Tour Saint-Michel) ne manqua pas d'avoir un grand retentissement dans toute la région de Charleroi, car les habitants aiment à pratiquer des dévotions dont beaucoup visent à se préserver de ce que l'on appelait jadis "les infestations diaboliques": mauvais sorts jetés contre les gens, mais aussi contre les bêtes (ce à quoi les paysans restent très attentifs), envoûtements, maladies en apparence non naturelles et inexplicables, tous méfaits contre lesquels les gens se prémunissaient (et continuent à se prémunir) par le recours au pèlerinage, à la bénédiction des maisons, des gens ou des animaux, voire à l'exorcisme. Or saint Michel est spécialement invoqué pour ce type d'affaires.
 

De Sart-les-Moines au Collège Saint-Michel-du-Chapois

L'alumnat de Sart-les-Moines fonctionna pendant un demi-siècle. Mais autour de 1953, les expropriations d'une partie de la propriété pour l'élargissement du canal Charleroi-Bruxelles, et la proximité d'une usine en pleine expansion, forcèrent les Assomptionnistes à faire mouvement vers Gosselies où, à cinquante ans d'intervalle, la même famille Drion du Chapois les accueillit. En 1953, ils occupèrent donc le château Drion que ses derniers propriétaires avaient quitté.

Ils y ouvrirent alors un alumnat, puis, cédant aux voeux du clergé local, désireux d'avoir, dans Gosselies même, un collège pour garçons, ils transformèrent, en 1955, l'alumnat en Collège. C'est notre Saint-Michel-du-Chapois qui allie, dans son nom, à la fois le souvenir du vieux prieuré huit fois séculaire de Sart-les-Moines dédié à Saint Michel et celui de cette terre gosselienne, attestée dès 1453: le Chapois, c'est-à-dire le gerbier ou le bâtiment agricole, vieux nom local, que reprit une branche de la famille Drion quand elle s'y installa, à l'extrême fin du 18e s. (1797).
 

Le Chapois sous Gosselies - La famille DRION

 

LE CHAPOIS, aujourd'hui, est terre gosselienne (depuis 1804) mais anciennement, et de temps immémorial, jumètoise. C'est un vieux lieu-dit, attesté depuis 1453 et donc bien antérieur à la famille Drion (qui l'ajouta à son nom à la fin du 19e s.) laquelle ne s'installa ici qu'à l'extrême fin du 18e s. (1797-1799).

L'occupation du lieu avant les DRION.

Dans des études inédites sur le Chapois, le Baron Adolphe (II) DRION (1861-1945) assure avoir retrouvé les traces, sur ce territoire du Chapois, d'une exploitation agricole remontant peut-être au 15e s. Des fouilles faites sur place, en 1913, ont fait apparaître des traces d'un petit château du 16e s. (on a retrouvé des pièces de monnaie d'avant 1624 et de 1653). Ce château agrandi vers 1673 par Guillaume NOEL aurait été démoli vers 1760 sans doute à cause de sa vétusté. A la différence des châteaux suivants sur le site, il était placé en oblique, tourné vers Gosselies. Il apparaît tel quel sur des plans militaires français de la 1e moitié du 18e siècle

Le Petit Chapois.

En 1797, F.Drion, époux de Mademoiselle Zoude, acquiert le lieu, et de 1799 à 1800 fait construire un château dit 'Petit-Chapois' qui subsistera jusqu'en 1925 environ. Il se situait au Nord du château actuel. La façade se découvrait dans la perspective d'une allée d'arbres qui aboutit aujourd'hui à une grille s'ouvrant dans le vide de la cour de récréation du Collège

Le Grand Chapois.

En 1839, F.Drion, époux de Mademoiselle Dumont, fait entreprendre le château actuel. La construction s'échelonne sur 1839-1841. Elle est contemporaine de la clôture de la propriété par un mur (encore existant en de nombreux endroits) de 1065 m. C'est le château qu'occuperont les Drion jusqu'en 1953, moment où s'installeront les Pères Assomptionnistes venus de Sart-les-Moines. La construction du Grand Chapois correspond à l'apogée de la famille DRION, en sa branche gosselienne. Car cette bourgeoisie, dont la puissance repose sur les capacités financières a fait la révolution qui évinçait les classes privilégiées d'Ancien Régime (la noblesse et le clergé) dont le pouvoir reposait sur la terre. Pour elle, le château de l'industriel devient le symbole parfait de sa réussite sociale. Elle en construit partout et le plus souvent suivant le même modèle.
 

Une dynastie de "bourgeois conquérants" et d'hommes politiques: les DRION.

Le territoire du Chapois est étroitement lié aux destinées de la famille DRION. Ce sont d'ailleurs 2 Drion qui, en 1804, obtinrent des autorités, le rattachement du Chapois à Gosselies. La branche gosselienne des DRION sort d'une famille originaire de Lodelinsart et qui, dès le 17e s., apparaît dans l'économie régionale (surtout la clouterie) mais aussi dans les charges publiques (échevinat, mayorat...) à la fois honorifiques et lucratives. La branche gosselienne est celle des marchands-entrepreneurs en clouterie, c'est-à-dire des capitalistes qui fournissent la matière première (les vergettes de fer) à des cloutiers à domicile, leur payent un salaire (peu élevé) et reprennent le produit fini (des clous de diverses espèces) dont ils assurent la vente sur le marché national et international.

Mais avant 1804, des membres de la famille ouvriront aussi une usine à clous (l'ancienne rue de la Clouterie à Gosselies) et deviendront co-propriétaires de charbonnages, actionnaires avec des familles alliées dans des organismes de crédit, dans des entreprises métallurgiques, dans la chimie industrielle, ...'

Sur le plan économique, les DRION ont joué un rôle important avec d'autres familles dans les grands domaines où la région de Charleroi a connu sa révolution industrielle: le charbon, le fer et le verre. Toutes ces familles ont été celles de "bourgeois-conquérants", dotés d'un extraordinaire esprit d'entreprise, prêts à engager des fonds considérables dans des techniques de pointe, effroi des esprits conservateurs, comme dès 1735 les pompes à feu de Newcomen (ancêtre de la machine à vapeur, de Watt) capables de résoudre le problème des eaux d'exhaure dans les charbonnages et donc d'approfondir les puits pour atteindre les meilleures veines.

Tout en se réclamant du catholicisme officiel qu'ils pratiqueront ouvertement, ces familles de bourgeois-conquérants (dont les DRION) n'adoptent pas, en matière sociale, une politique de progrès. Ils pratiquent la charité individuelle au lieu d'une justice sociale.

Les DRION joueront, au plan local (et national) dans le cadre de la Belgique indépendante d'après 1830, le même rôle politique important qu'ils ont assumé dans l'ancien Régime, et sous les régimes suivants (1825-1830). Pendant des décennies, ils défendront les positions des catholiques conservateurs face au socialisme et à la démocratie chrétienne. Ils oeuvrent d'ailleurs à visière découverte et affirment ouvertement leurs convictions. Ils combinent entre eux la puissance politique et le pouvoir économique. Ils animent de leur action et de leurs deniers des oeuvres catholiques diverses (enseignement, oeuvres caritatives, organes de presse, etc.).'

En 1886, le roi Léopold II les anoblira. Leur baronnie leur permettra d'ajouter à leur nom patronymique DRION, celui du lieu qu'ils habitent depuis un siècle: LE CHAPOIS. Ils seront désormais les DRION du CHAPOIS.
 

Famille DRION DU CHAPOIS

François I DRION (?-1686)
François II DRION (?-1718): bougmestre de Gilly en 1683 et Bailly-Maïeur de Charleroi en 1700-1704
François III DRION (1670-1729): bourgmestre de Fleurus en 1693

Jacques-Joseph DRION (1698-1778): échevin puis bourgmestre de Lodelinsart. Il y fit construire un château et plusieurs moulins. Il détenait des intérêts dans l'industrie houillère.
Adrien Joseph DRION (6/11/1723-10/4/1800) (ép. Marie Thibaut). Dès 1764, il est un des principaux animateurs de la société charbonnière 'l'Ardinoise de Gilly'. Celle-ci occupait en 1810 plus de 800 ouvriers. Dès 1766, il fit construire une machine à vapeur. En 1780, il fait construire une deuxième 'pompe à feu'. Dès 1760, il était devenu patron cloutier. En 1764, 310 cloutiers travaillaient pour lui et pour l'exportation. Il se rendit en Hollande pour protéger cette industrie contre la concurrence de l'industrie de Liège et il obtin gain de cause. Dans cette seconde moitié du 18e siècle, le Chapois devint une propriété de la famille DRION.
François (junior) DRION 1756-1826: épouse Melle Zoude (1759-1838). Constructeur du Petit Chapois en 1799-1800. En 1804, il obtint que sa propriété du Chapois soit détachée de Jumet et amenée dans sa presque totalité à Gosselies.
François Joseph DRION (1800-1847). Epouse Melle Dumont. Constructeur du Grand Chapois (château actuel) en 1838-1841.  
Chapois vient du bas-latin: Chappa (cappa) qui signifie un bâtiment destiné aux instruments employés pour la culture. En 1453, le Chapois est cité dans un document. Ce nom passa du bâtiment à tout un territoire.

Adolphe-François DRION (1831-1914): bourgmestre de Gosselies en 1830. Il obtient le titre de Baron DRION DU CHAPOIS en 1886 par Léopold II, devenu transmissible en 1818. Ami de l'historien Dom Berlière.
Ernest DRION DU CHAPOIS (1869-1942), célibataire: député et bourmestre de Gosselies de 1900 à 1939. Vit avec sa soeur Emélie (1864-1948), célibataire.
Michel DRION DU CHAPOIS (1904-1983) (neveu d'Ernest) laissait en 1953 aux Pères de l'Assomption la propriété qui allait devenir le collège en 1955.
 
 

 Le Prieuré de Sart-les-Moines

Image Le vieux Prieuré de Sart-les-Moines (1125-1796): En 1125, les Seigneurs de Gosselies font confirmer, par l'évêque de Liège, la fondation par eux, d'un petit monastère à Sart-les-Moines, dépendant de l'abbaye de Liessies en France (région d'Avesnes). De 1125 à 1796, ce prieuré sera intimement mêlé à la vie à Gosselies. Exemple: l'Église Saint-Jean-Baptiste appartient à Sart-les-Moines. Les moines de Sart-les-Moines possèdent en ville une ferme 'la Cense de Liessies' à l'endroit du centre culturel. En 1796, la Révolution Française, dont les lois sont appliquées chez nous, supprime le prieuré, vendu à des particuliers (notamment des tanneurs). Autour de 1900, le prieuré est pratiquement abandonné.

Les Pères français de l'Assomption (1903-1953): Or, à ce moment, des religieux français, de la congrégation de l'Assomption (les Assomptionnistes) chassés de France par le gouvernement d'alors, cherchent à s'installer en Belgique. Les DRION l'apprennent et leur font connaître Sart-les-Moines que les Pères acquièrent et où ils résident. Ils ouvrent une école pour former des jeunes gens qui se destineront à devenir prêtres. En même temps, ils développent le culte de Saint-Michel à qui le prieuré était dédié.'

'Avant Sart-les-Moines, il y 8 siècles, la petite contrée s'appelait Avelinsart. L'arrivée des Bénédictins de Liessies, près de Valenciennes, et qui fondirent le monastère, en changea le nom en Sart-les-Moines. Les bienfaiteurs qui dotèrent la fondation furent le Comte Raoul de Viesville (mort vers 1110) et par après sa veuve Pétronille de Roucy. l'Église et le couvent eurent toujours pour titulaire Saint-Michel. La dévotion à l'Archange a tous les attraits de la piété bénédictine qui s'en est faite, partout, l'apôtre. On signale qu'en 1103, un autel avait été donné par l'évêque de Cambrai, à l'abbaye de Liessies, pour l'église de Sart. S'il s'agit de Sart-les-Moines, la dévotion à l'Archange était antérieure à la fondation bénédictine à Gosselies. Sinon, les moines ont consacré à ce grand Patron, le domaine de leur nouveau couvent et Saint-Michel est entré avec eux dans cette paisible vallée.'

En 1794, le Prieuré fut mis au pillage par les soldats de Bourbon, puis il passa définitivement au pouvoir de la France. 2 années plus tard, le 27.9.1796, le Prieur recevait la visite d'un commissaire. Invité de rassembler sa communauté, il déclara qu'il était seul depuis deux ans, et sommé de présenter les registres des comptes, il avoua ne pouvoir en présenter de meilleurs que l'arrérage de ses dettes. Le commissaire fit dresser l'inventaire des biens qui relève pour tout bien d'église, trouvé au Prieuré: un autel en bois de chêne à 4 colonne, avec un Christ ayant à ses côtés Saint Hiltrude et Saint Agapit, et au-dessus Saint-Michel, le tout en bois... Quelques mois après, l'administrateur républicain du département de Jemappes mit en vente les biens du Prieuré... Le capital était évalué à la somme de 10.000 francs. C'est Dom Eugène Delpierre, moine à l'abbaye de Lobbes qui fit en 1797, l'acquisition du Prieuré du Sart. Le 1er octobre 1804, il légua par testament la propriété à Antoinette Soupart, fermière à Sart. Sous ses nouveaux propriétaires, le Prieuré eut diverses affectations qui n'aidèrent pas à lui garder la fraîcheur de sa restauration et l'on vit la chapelle elle-même servir à des fermiers et des tanneurs de passage. De tout ce qui était monastique, il ne resta que les murs. En 1804, la paroisse de Gosselies avait acheté une partie de la sacristie, aubes et ornements; le magnifique autel renaissance devint la propriété de l'église de Roux en 1859. La grande statue en bois qui le surmontait l'avait suivi à la même destination, mais pour revenir au Prieuré après 45 ans.'

En 1804, avait disparu le dernier Prieur bénédictin. Un siècle plus tard, un jour nouveau allait se lever pour le Prieuré. Les persécutions françaises, depuis 1880, avaient forcé bien des communautés à se dissoudre et des religieux à s'expatrier. On sait que parmi ceux qui n'étaient pas le moins en vue des spoliateurs et persécuteurs, il y avait une petite congrégation, toute jeune, celle des Augustins de l'Assomption. Leur fondateur, le très révérend Père d'Alzon (1810-1880), Vicaire Général de Nîmes, créateur d'oeuvres multiples, directeur du Collège de l'Assomption, combattant intrépide pour la liberté de l'enseignement, se mourait dans son cher collège pendant que l'on crochetait les portes, en exécution d'un décret d'expulsion, le 21 novembre 1880. Sa petite famille, elle existait depuis 1845, fut déjetée comme une graine légère que le vent emporte, semble-t-il, sans espoir de lever jamais. L'Espagne, la Hollande, l'Angleterre recevaient les petites colonies de ses religieux, impitoyablement chassés. La Belgique accueillit un premier contingent de ces moines modestes à Taintegnies, près de Tournai, à Bure, à Louvain. Un moine bénédictin se trouva providentiellement sur le chemin d'un Père de l'Assomption, le Père Eustache Pruvost, qui sera le fondateur et le premier supérieur de la Communauté Assomptionniste à Sart-les-Moines. Depuis quelques années déjà, celui-ci rayonnait dans la région en quête d'un poste à y prendre. Grâce à la sympathie de beaucoup, particulièrement de la famille Drion du Chapois de Gosselies, qui restera si généreusement le soutien des religieux, le 22 juin 1903, le Prieuré changeait de propriétaire; un contrat d'achat était signé par le Supérieur Général des Augustins de l'Assomption, le R.Père Emmanuel Bailly et par les anciens propriétaires. Des moines de Saint-Augustin reprenaient la place, un instant abandonnée par des moines de Saint-Benoît.