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Le Fram, a.s.b.l.   

Revue littéraire  -  Éditions  -  Rencontres   

 

   

 

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de Michel Delaive

 

 

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Poèmes en attendant le mauve

poèmes de Michel Delaive

85 pages, 2001, 13 €
ISBN 2-930330-04-X (broché)


 

Probablement écrits sous emprise, ces poèmes automatiques relevant parfois de l’aphorisme ou de la diatribe – jamais relus ou retravaillés – n’avaient au départ d’autre intention que strictement privée, reflets sans fard, expression ontologique, sublimée, de celui qui se livre. Pourtant ils s’avèrent dignes d’un intérêt tout particulier qui les place au cœur même du processus de création artistique, de son urgence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'AUTEUR

Michel Delaive

Michel Delaive (1938-1986) n'était pas écrivain. Il était médecin, anarchiste et mécène (éditions de L'atelier de L'Agneau). C'est après son suicide que sa femme et ses enfants ont découvert des carnets d'ordonnances annotés de son écriture quasi illisible de médecin. Il s'agissait en fait de poèmes spontanés, magnifiques et fulgurants, que Le Fram a recueilli sous le titre de Poèmes en attendant le mauve. Une vraie découverte.

 

LIRE LES PREMIÈRES PAGES

 

En remontant un sentier caillouteux

 

De petites lézardes courent le long de la peau des hommes vigoureux jeunes et beaux.

S’inscrivent en négatif les douleurs et les joies et la vie qui ne coule pas de source. Le corps a beau se dilater il est pris dans les rets de son devenir qui s’inscrit dans l’écorce de l’arbre et qui l’abat.

Les hirondelles fendent l’air et les cris des oiseaux polluent mon atmosphère. Les regards sourcilleux ne scrutent pas les visages mais détournés ils s’accrochent aux paysages dérisoires.

Le pied prend l’élan mais la course se brise c’est la loi.

Folie que celui qui se dit éternel.

L’eau paisible des fleuves coule toujours d’amont vers aval, les grands poissons s’efforcent de la remonter mais ils crèvent tous en chemin soit que l’eau soit trop basse soit qu’un pêcheur anodin qui se trouvait là par hasard les détourna de leur fin. Nous avons tous un goujon dans le cœur et nous buvons l’eau des rivières.

Un immense soleil empire s’était levé et la rosée peureuse s’était déjà cachée. Tout brûlait. Tout suait. Les plantes entraient en ébullition puis vint le soir avec son grand pinceau noir. Ma compagne était morte et dormait entre deux étoiles bavardes.

Les pieds me faisaient souffrir et j’allais mal assuré sur les cailloux qui roulaient et gémissaient.

L’odorat est frappé parfois par un relent de saumon frit, j’avais l’impression que les grands poissons avaient des ailes et que tous les pêcheurs crevaient d’inanition sur des rives inutiles.

 

 

Midi

 

Chevaux emmêlés dont les pieds croisés se triturent

Brebis emmitouflées dont les regards sont voleurs de zéro

Un gros taureau fond dans le soleil de midi

Les mouches triomphantes picorent les peaux soyeuses

Le chien tête brasse lape un peu d’air

Pas un pli dans le ciel vert et rouge à la fois, dans mon œil noir qui peint le sol aux couleurs de l’espoir

Cœur crevé, alourdi, silencieux, pesant, qui triture en passant le regard malicieux du poisson de l’enfance

Un souffle à peine caresse les tempes

Sueur perle sur ton naseau tremblant et dévoré mais lumineux et qui roule dans la vapeur intense de l’hommage

Et je te jette mes visions et tu captes mes images immobiles, le regard au proche, figuré dans chacun. Et ton corps qui respire les images qui ne sont pas, et ton corps qui s’écrase dans la tiédeur délavée

Et la pierre qui roule au loin sans un cri, sans un regard et n’en finit pas de tomber

Et le geste qui chasse, répété à l’infini sur le vert jaune acide des senteurs exhalées

Pas une feuille ne bouge

Et nous attendons,

            attendons.

Et le doigt bouge appuyé sur la terre rouge et la main se crispe : poussière qui s’envole dans le ciel noir et qui retombe sur le ciel vert et ton épaule qui se hausse, et mon regard noir dans tes yeux bleus, et le sourire qui se raidit, figé, démoli par trop de vie, usé, abruti et qui se déglingue dans un fourneau d’opérette

Le premier battement des cils dans la file et nos regards qui se croisent. Il faisait aussi chaud ce jour-là. Mes pas suivent les tiens, mais trop petits, ils vont se rétrécissant pour n’être plus ce jour qu’écrasés dans les rais de lumière qui chantaient autrefois.

 

 

Visions

 

Nous avons mangé les herbes folles et ont couru les vers lumineux dans les espaces rouges.

Un regard ; personne qui cherche aux alentours de mes sens et les folies futures se heurteront aux regards des enfants.

Les femmes aux lourdes mamelles enfantent les siècles futurs et naissent les bâtards de civilisations enfouies.

Nos paumes se soulèvent en des gestes infernaux et battent les tempes grises des voluptés d’autour un gisant.

Une lueur

L’éclair monte qui se sait déjà mort et sur les étoiles impétueuses j’écris la fin des mondes

Et le tombeau s’écroule où commence la vie.



 

 

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