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LES PREMIÈRES PAGES
En remontant un sentier caillouteux
De petites lézardes courent le long de la peau des hommes
vigoureux jeunes et beaux.
S’inscrivent en négatif les douleurs et les joies et la vie qui
ne coule pas de source. Le corps a beau se dilater il est pris
dans les rets de son devenir qui s’inscrit dans l’écorce de
l’arbre et qui l’abat.
Les hirondelles fendent l’air et les cris des oiseaux polluent
mon atmosphère. Les regards sourcilleux ne scrutent pas les
visages mais détournés ils s’accrochent aux paysages dérisoires.
Le pied prend l’élan mais la course se brise c’est la loi.
Folie que celui qui se dit éternel.
L’eau paisible des fleuves coule toujours d’amont vers aval, les
grands poissons s’efforcent de la remonter mais ils crèvent tous
en chemin soit que l’eau soit trop basse soit qu’un pêcheur
anodin qui se trouvait là par hasard les détourna de leur fin.
Nous avons tous un goujon dans le cœur et nous buvons l’eau des
rivières.
Un immense soleil empire s’était levé et la rosée peureuse
s’était déjà cachée. Tout brûlait. Tout suait. Les plantes
entraient en ébullition puis vint le soir avec son grand pinceau
noir. Ma compagne était morte et dormait entre deux étoiles
bavardes.
Les pieds me faisaient souffrir et j’allais mal assuré sur les
cailloux qui roulaient et gémissaient.
L’odorat est frappé parfois par un relent de saumon frit,
j’avais l’impression que les grands poissons avaient des ailes
et que tous les pêcheurs crevaient d’inanition sur des rives
inutiles.
Midi
Chevaux emmêlés dont les pieds croisés se triturent
Brebis emmitouflées dont les regards sont voleurs de zéro
Un gros taureau fond dans le soleil de midi
Les mouches triomphantes picorent les peaux soyeuses
Le chien tête brasse lape un peu d’air
Pas un pli dans le ciel vert et rouge à la fois, dans mon œil
noir qui peint le sol aux couleurs de l’espoir
Cœur crevé, alourdi, silencieux, pesant, qui triture en passant
le regard malicieux du poisson de l’enfance
Un souffle à peine caresse les tempes
Sueur perle sur ton naseau tremblant et dévoré mais lumineux et
qui roule dans la vapeur intense de l’hommage
Et je te jette mes visions et tu captes mes images immobiles, le
regard au proche, figuré dans chacun. Et ton corps qui respire
les images qui ne sont pas, et ton corps qui s’écrase dans la
tiédeur délavée
Et la pierre qui roule au loin sans un cri, sans un regard et
n’en finit pas de tomber
Et le geste qui chasse, répété à l’infini sur le vert jaune
acide des senteurs exhalées
Pas une feuille ne bouge
Et nous attendons,
attendons.
Et le doigt bouge appuyé sur la terre rouge et la main se crispe
: poussière qui s’envole dans le ciel noir et qui retombe sur le
ciel vert et ton épaule qui se hausse, et mon regard noir dans
tes yeux bleus, et le sourire qui se raidit, figé, démoli par
trop de vie, usé, abruti et qui se déglingue dans un fourneau
d’opérette
Le premier battement des cils dans la file et nos regards qui se
croisent. Il faisait aussi chaud ce jour-là. Mes pas suivent les
tiens, mais trop petits, ils vont se rétrécissant pour n’être
plus ce jour qu’écrasés dans les rais de lumière qui chantaient
autrefois.
Visions
Nous avons mangé les herbes folles et ont couru les vers
lumineux dans les espaces rouges.
Un regard ; personne qui cherche aux alentours de mes sens et
les folies futures se heurteront aux regards des enfants.
Les femmes aux lourdes mamelles enfantent les siècles futurs et
naissent les bâtards de civilisations enfouies.
Nos paumes se soulèvent en des gestes infernaux et battent les
tempes grises des voluptés d’autour un gisant.
Une lueur
L’éclair monte qui se sait déjà mort et sur les étoiles
impétueuses j’écris la fin des mondes
Et le tombeau s’écroule où commence la vie.
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