| LIRE
LES PREMIÈRES PAGES
TIRER LES CORDES
d’un univers en boucle, ne rencontrant que lui-même. Monde du
dessous où des liens invisibles insufflent forme et fonction
dans la conscience gémellaire des êtres et des choses. Trouble
incertitude des hommes et femmes désirant aveuglément ce qui va
être, sondant les profondeurs, grimaçant dans l’attente d’une
apparition limpide. On évalue l’état d’excitation des grumeaux
et des particules. On y aperçoit des peintures de tout ce qui a
été cru. Tout se passe comme s’il y avait une force d’adhérence
tranquille, trempée d’évidence, qui déjoue tout facteur de
séparation par sa structure même.
QUELQUES FLAMMES
s’élèvent par soubresauts, glissements et pulsations entremêlés.
Les unes consument les autres. Prends ta livre de chair et
disparais. Attends-toi, par la suite, à ce que ton besoin de
survivance commence tout doucement à décliner. Lentement, une
pensée revêtue de l’in¬habituelle invocation à la mastication
vespérale auto¬phage, vociférant les plus âpres propos
difformatoires, puis — suprême infamie — s’essuyant délicatement
le bout des lèvres comme une jeune fille bien élevée.
QUAND LE TREIZIÈME
fragment s’empare de l’autre moitié du monde. Les orifices
galvaudés par l’angoisse de l’expression première du trop vide.
Guidés par les devoirs et les automatismes d’une éducation
dominée par les cris et les injonctions de la frustration
chronique, des objets transitionnels indignes de soi, de ce qui
n’est situé ni à l’intérieur, ni à l’extérieur.
HISTOIRE D’UNE PRESENCE
Il n’est pas d’œil qui voie plus loin que le ciel. Le reste
n’est qu’un geste, une paume courante, et déjà on se prend à
penser à autre chose. Une envie survient, d’abord chétive et
bien mal définie. Par la suite, elle se fait plus tenace et
insistante jusqu’à ce qu’il soit impossible de la repousser
comme on tente d’ignorer ces voix chaudes et troublantes qui
semblent provenir d’ailleurs et dont l’écho tordu nous atteint
doucement avant de s’empêtrer dans l’obscurité humide. Les
premières peurs passées, on finit par la saisir, par la flatter
pour mieux la domestiquer, par comprendre que son origine, bien
qu’inconnue, se perd dans un effort inachevé qui porte les
signes de « notre inétouffable espérance ». On se surprend même
à deviner les fins et les formes de ses innombrables mouvements
et attitudes.
DE L’AMITIE ENTRE LES SEXES
Scrupules et inflexions coupables suscitent le déclenchement de
tics obliques assoiffés de brio et de scandale. Suit un bonheur
excessif et suspect qui se mélange curieusement au regard au
milieu d’un silence furieux et méconnaissable. Enfin, les adieux
provisoires, si savamment déhanchés.
On se dit, après tout, que ça n’est pas si grave. Chacun a bien
le droit de rechercher un réceptacle à la mesure de son désir —
voire de se soustraire à tout sentiment de dette à l’égard de
celui ou celle qui accorde sa disponibilité comme un signe de
complicité naissante sans rien demander en retour. Ainsi, c’est
dans une forme de consensus coupable que doit se fondre, de
manière somme toute assez naturelle, notre sensibilité aux
choses déréglées et inabordables.
TOUT ÇA
parce que la conversation ne constituera jamais qu’un art de
second ordre. Nous parlons des choses sans nous soucier de les
tenir pour objets et sans nous interroger sur l’image qu’elles
nous renvoient de nos faits et de nos dires.
Nous sommes, en outre, à la recherche du défaut mineur, celui
qui rend l’autre triste et insalubre. Sous nos airs
d’indifférence filtrent les vestiges d’une rancœur mobile et
fuyante, une fascination morbide pour les abandons d’autrui,
ainsi que pour les moindres faiblesses et trahisons des hommes
et des femmes de quelque volonté que ce soit.
Dans ces moments-là, ce qui arrive à l’esprit est comme une onde
à la surface d’une flaque d’eau trouble. Sans cause visible, les
ondulations se font soudain plus nettes et plus fréquentes, le
trouble plus mou et plus détaché. On voit alors avec étonnement
et naïveté l’accablement profond de ceux qui se proposent de
tromper leur honte du vide. Aucune peine, aucune supplication,
il est vrai, ne peuvent entamer cet entêtement. On ne peut
vaincre l’illusion qu’en distinguant le mur¬mure des lèvres de
celui de la conscience. |