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Le Fram, a.s.b.l.   

Revue littéraire  -  Éditions  -  Rencontres   

 

   

 

P I È G E S     D' A I R

 

de Jacques Izoard

 

 

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Pièges d'air

poèmes de Jacques Izoard

illustrés par Selçuk Mutlu

100 pages, 2000, 13 €
ISBN 2-930330-00-7 (broché)


 

« Les enfances qui se font face dans le cœur d’Izoard sont comme les poussières de 1935 et de 1993 qu’il oppose, comme si elles n’étaient pas faites de la même minuscule matière, comme si la lumière qui s’accrochait à leurs particules était d’un ordre changeant. La poésie est, pour lui, le seul garant de l’unité de sa mémoire et de la persistance des sensations. […] On distingue mal chez Izoard, et c’est là sa force, les poèmes d’amour des réminiscences nostalgiques. » René de Ceccaty

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'AUTEUR

Jacques Izoard

Né en 1936, Jacques Izoard, fervent animateur de la poésie en Wallonie, surtout à Liège, est un des grands poètes de langue française d'aujourd'hui de renommée internationale.  Ses oeuvres poétiques (en deux volumes) viennent d'être publiées aux Editions de la Différence (2006).

 

LIRE LES PREMIÈRES PAGES

 

LA lune avait la fièvre

et nous étions au lit, hirsutes.

Nous rêvions de cerceaux fous

dévalant les rivières et,

tout à coup,

nous perdions pied.

 

 

 

NOUS capturions les libellules

et les peignions en bleu

sans les faire pâlir.

Bien entendu, nous respections

la légèreté qu’elles nous enjoignaient

d’imiter.

 

 

 

ET nous glissions à l’infini

de paroles en paroles,

comme si le chant

jamais ne finissait.

Murmure de murmure.

Rivière sourde,

mais qui mugit.

 

 

 

S’OBSCURCISSAIENT cerveaux et cerfs-volants

par-delà nos anathèmes.

Et nous suivions les halages ;

nous pourchassions les cœurs

tremblant dans la tempête.

 

 

 

ET puis s’en vinrent

des hérauts de cape et de feu :

les combats firent rage

sous nos pieds et nos mains.

Écoliers sans cartable

ânonnaient encore

quand la terre s’ouvrit.

 

 

 

NOUS unissions fièvre et rage

et peignions, rue de l’Agneau,

des têtes d’épingles

et de minuscules étuis

qui gardent encore

les effigies brûlées.

 

 

 

S’INSINUAIT le froid entre nos lèvres

et nous gardions en nous,

longtemps, le sang glacé.

Quel hiver usait nos ongles ?

Et quelles paroles gelaient

sur le papier blanc ?

 

 

 

TU l’as revu, ce sorcier qui t’épie

attablé quelque part

avec du brouillard pour armure.

T’a-t-il dévisagé ou parlé ?

Sa pomme d’Adam

trahissait son émoi.

 

 

 

QUI viendra toucher le tronc

de cet arbre que tu plantas

près de mon sommeil,

là où j’écris sans cesse

en songeant à ta vie ?

 

 

 

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