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LES PREMIÈRES PAGES
LA lune avait la fièvre
et nous étions au lit, hirsutes.
Nous rêvions de cerceaux fous
dévalant les rivières et,
tout à coup,
nous perdions pied.
NOUS capturions les libellules
et les peignions en bleu
sans les faire pâlir.
Bien entendu, nous respections
la légèreté qu’elles nous enjoignaient
d’imiter.
ET nous glissions à l’infini
de paroles en paroles,
comme si le chant
jamais ne finissait.
Murmure de murmure.
Rivière sourde,
mais qui mugit.
S’OBSCURCISSAIENT cerveaux et cerfs-volants
par-delà nos anathèmes.
Et nous suivions les halages ;
nous pourchassions les cœurs
tremblant dans la tempête.
ET puis s’en vinrent
des hérauts de cape et de feu :
les combats firent rage
sous nos pieds et nos mains.
Écoliers sans cartable
ânonnaient encore
quand la terre s’ouvrit.
NOUS unissions fièvre et rage
et peignions, rue de l’Agneau,
des têtes d’épingles
et de minuscules étuis
qui gardent encore
les effigies brûlées.
S’INSINUAIT le froid entre nos lèvres
et nous gardions en nous,
longtemps, le sang glacé.
Quel hiver usait nos ongles ?
Et quelles paroles gelaient
sur le papier blanc ?
TU l’as revu, ce sorcier qui t’épie
attablé quelque part
avec du brouillard pour armure.
T’a-t-il dévisagé ou parlé ?
Sa pomme d’Adam
trahissait son émoi.
QUI viendra toucher le tronc
de cet arbre que tu plantas
près de mon sommeil,
là où j’écris sans cesse
en songeant à ta vie ?
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