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Le Fram, a.s.b.l.   

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de Valérie Nimal

 

 

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La robe de mariée

roman de Valérie Nimal

95 pages, 2004, 12 €
ISBN 2-930330-18-X, (broché)

 

 

"Cette robe de mariée-ci ondule comme une chanson de Souchon, acidulée et gracieuse, drôle, singulière, et à la fois étonnamment familière. Elle est tellement légère, elle parviendrait presque à vous faire croire que la chute n’aura pas lieu, que la vie est aussi simple qu’un Guide du Mariage Illustré. Juste un bruissement. N’est-ce pas la plus jolie façon de parler d’amour ? "   Ariane Le Fort (Prix Rossel 2003)

 

 

 

 

 

 

 

 

© Lionel Samain

L'AUTEUR

Valérie Nimal

Née en 1970, Valérie Nimal est spécialisée dans l’art moderne et contemporain. Elle a travaillé comme chercheuse dans ce domaine pour ensuite se tourner vers l’édition. Plus tard, elle s’installe et travaille à Copenhague et en Irlande. Elle publie aujourd'hui le La Robe de mariée au Fram. Les textes inédits, écrits pour la radio puis diffusés sur les ondes, ont été publiés dans la revue Le Fram .

 

LIRE UN EXTRAIT

 

Les chaussures

Il avait marché dans de la merde, le soir où je le vis pour la première fois. À cause de l’odeur singulière qui régnait dans l’appartement, la dame au tapis blanc allait demander à chacun de se déchausser. Une invitée anglaise releva que ça sentait le caca. Elle avait remarqué les traces sur le tapis blanc du salon. Sans chaussures. Un verre vide à la main, une pointe de pied dans l’autre main, j’avais adopté la posture du flamant rose, pour dissimuler mon gros orteil (d’habitude je ne porte pas de bas, mais cette soirée s’annonçait chic, et déjà ils filaient). Un peu ballerine, un peu Cendrillon, il m’arrivait de tituber. Avais-je envie de décontenancer mon interlocuteur ou de lui montrer mon ennui ? En réalité, j’aurais aimé un autre verre ou, tant qu’à faire, rencontrer d’autres gens, au lieu d’écouter cet ingénieur en armement, qui se lançait dans la recherche nucléaire et voulait me convaincre de l’importance d’un tel travail.

Autour du piano à queue, un groupe de stagiaires à la Commission européenne discutait de l’élargissement aux pays de l’Est. Ce brouhaha ambiant mêlant des sonorités étrangères, que j’entendais d’une oreille, me berçait. J’allais me servir un autre verre quand, enfin, il était apparu. Ce grand jeune homme s’était avancé vers la dame au tapis blanc, chaussures en main, et, avec l’accent du nord, il avait dit : je crois que c’est moi qui ai marché dedans. La dame lui répondit que ça porte bon¬heur, et je me souviens avoir souri. Elle nous présenta l’un à l’autre. Alice, Jan. Jan, Alice. Ensuite, elle alla déposer ses chaussures au vestiaire.

En fin de soirée, pendant que Jan se servait un whisky, je m’étais éclipsée. Au vestiaire, je glissai mon numéro de téléphone dans le fond de sa chaussure puante.

 

Les yeux bleus

Il avait les yeux bleus, la peau pâle, le corps élancé, très grand, très maigre, trop maigre, selon sa mère, et quand il parlait de quelque chose avec intérêt, le dos se courbait, la nuque se ployait vers l’interlocuteur, souvent plus petit que lui, comme s’il voulait lui chuchoter à l’oreille ses pensées les plus intimes, s’approcher au plus près de l’autre sans le frôler cependant. De même, la cigarette au bout de ses doigts suivait le mouvement du corps recourbé. J’avais remarqué que la main de Jan devenait molle lorsque son cerveau commençait à carburer et le verbe de se lâcher, tant et si bien qu’il développait une sorte de métalangage, un discours dans lequel lui seul semblait ne pas patauger. Une fois lancé, quand il tenait une idée, Jan la développait jusqu’à plus soif. Je faisais partie des personnes emportées dans la spirale de ses paroles, alors que d’autres, rapidement déboussolées, ne le suivaient plus. Pour le reste, il aimait Neil Young, Pessoa, le Glenfiddich et moi.

 

Le journal

C’était un infophage. Il lisait tout ce qui lui tombait sous la main, écoutait, dans sa voiture, les informations en trois langues et suivait les news sur la BBC. Jan venait de terminer un stage au Conseil de l’Europe et avait trouvé un travail dans un Institut international, pour lequel il voyagerait régulièrement. On l’avait chargé d’organiser des conférences. Il devait imaginer des sujets susceptibles d’attirer les entreprises et les inciter à investir de gros budgets dans la recherche.

Lors de notre premier week-end en amoureux, nous nous étions découvert un plaisir commun : les journaux le matin. Nous prenions le temps de les lire, à l’arrière de la librairie Filigranes, en sirotant un petit café.

 

Le déménagement

Simplement, je lui avais demandé s’il voulait vivre avec moi. En guise de réponse, il m’avait envoyé une photo de lui enfant, en train de construire un château de sable. Au dos, il avait écrit : oui.

 

L’appartement

Jan s’était installé dans mon appartement. Nous avions choisi de vivre au ras du sol, comme dans ces vieux films d’Ozu, où la caméra est placée à la hauteur des hommes assis par terre, sur leur tatami. Chez nous, il y avait des livres, des journaux et des magazines en pile, sur le plancher, des coussins indiens, un kilim, une peau de vache, un patchwork de velours chamarré, des guitares électriques, une basse, des photographies de Cléo et des tableaux de Walter qui n’avaient nul besoin d’être accrochés. L’appartement comportait trois pièces en enfilade, selon le plan habituel des maisons de la ville, avec la salle de bain à l’entresol. La pièce à l’arrière, lumineuse, donnait sur un jardin.


 

 

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