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Le Fram, a.s.b.l.   

Revue littéraire  -  Éditions  -  Rencontres   

 

   

 

A P P R O X I M A T I V E M E N T

 

de Rossano Rosi

 

 

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Prix Marcel Thiry, 2003

Approximativement

poèmes de Rossano Rosi


illustration de Lewis Trondheim


80 pages, 2001, 11 €
ISBN 2-930330-07-4 (broché)


 

« Halte aux aspirations sublimes qui étouffent les nécessités courantes ! Assez des grands sentiments qui enflent les petits coups au coeur ! Destin qui engourdis le va-et-vient des jours, fiche-nous la paix ! Rossano Rosi, tel un Sancho Pança plus éveillé que tous les maîtres à penser d’aujourd’hui, nous offre ici ses poèmes d’apprentissage selon un art poétique allègre et précis qui libère enfin les vérités authentiquement approximatives. » (Sémir Badir)

Approximativement sera vite retenu comme un tournant décisif dans l'aventure de la poésie belge, c'est-à-dire française. (…) Approximativement est le meilleur livre publié en Belgique les cinq dernières années.  (Jan Baetens)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'AUTEUR

Rossano Rosi

Né en 1962, il vit et travaille à Bruxelles.  Romancier, il a publié deux ouvrages, Les couleurs (1994) et Derrière les plinthes (1998), qui ont fait de lui le représentant majeur d'une écriture moderne très satirique.  Après Approximativement, il a publié De gré de force en 2005.

 

LIRE LES PREMIÈRES PAGES

 

TRAVAUX EN COURS

Tuyaux du gaz.

                        Éventrée est la rue

par des nuées d’ouvriers torse nu

mais sans sueur.

mais sans sueur.(Ne se rendent pas compte

que désormais se trouvent un peu plus

loin du Sud qu’espéré

loin du Sud qu’espéré(les mœurs ne muent

que peu)).

que peu)).Au volant de leurs mastodontes,

débobinent très vite

débobinent très vite— faut que ça gaze ! —

les intestins de la rue liégeoise

où tu as vu le jour

où tu as vu le jour(en la masure

quatre cent quarante-trois),

quatre cent quarante-trois),rue matrice

par ses pavés disjoints de ta nature :

la rue Vivegnis.

Tuyaux du gaz.

Tuyaux du gaz.Avec des amis tu

joues à courir dans les tranchées.

joues à courir dans les tranchées.Perdus

dans l’Ouest des Peaux-Rouges criards affrontent

des bandes de cow-boys qui à l’affût

défendent leur scalp à grands coups de fu-

sils.

sils.On s’arrête enfin.

sils.On s’arrête enfin.On fait les comptes.

Vainqueurs ou pas, on retourne à ses bases.

D’une fourchette lasse on y écrase

dans la purée toutes ces aventures.

Avec un bout de steak.

Avec un bout de steak.(Cruel supplice.)

Soir.

Soir.Voici l’heure où croissent les murmures

de la rue Vivegnis

jusqu’à ton lit.

jusqu’à ton lit.Sous le plafond pointu,

tu regardes par la lucarne illu-

minée de lune ce concert qui monte

pour s’en aller jouer au fin fond du

cosmos.

cosmos.Dix.

cosmos.Dix.Neuf.

cosmos.Dix.Neuf.Tu n’as pas la berlue…

Huit.

Huit.Sept.

Huit.Sept.Un vrai rêve t’ouvre son conte :

tu t’y assieds le cul entre deux phrases…

Six.

Six.Cinq.

Six.Cinq.Moteur.

Six.Cinq.Moteur.Ta capsule s’embrase…

Quatre.

Quatre.Trois.

Quatre.Trois.Deux.

Quatre.Trois.Deux.Tu vas quitter les murs

de ta mansarde…

de ta mansarde…Un.

de ta mansarde…Un.Zéro.

de ta mansarde…Un.Zéro.Et se dis-

loque ton corps

loque ton corps— au fur et à mesure

que la rue Vivegnis

s’éloigne à l’infini.

s’éloigne à l’infini.Tu dors.

s’éloigne à l’infini.Tu dors.Le bu-

vard du sommeil au bout du ciel a bu

ta conscience.

ta conscience.Il n’est rien qui te dompte,

aucune fin.

aucune fin.Tu te dissous dans l’u-

nivers.

nivers.Tu dors.

nivers.Tu dors.Lorsque

nivers.Tu dors.Lorsque— turlututu ! —

tu ois des voix qui caquètent ton nom.

tu ois des voix qui caquètent ton nom.« Te

rêveras-tu ? Gros salaud ! Malheur ! »

rêveras-tu ? Gros salaud ! Malheur ! »jase-

t-on.

t-on.Je m’éveille entre paronomases

et lapsus.

et lapsus.Avec des gestes peu sûrs

je me bourre la bouche au dentifrice

et pars rejoindre d’autres créatures

rue Vivegnis

déjà sur le chemin de l’école. Eu

égard à mes parents, de tout chahut

je me gardais, asservi à la junte

des pédagogues qui, la voix aiguë,

au gré des cours instillaient la ciguë

brûlante du savoir (c’est à la fonte

de l’enfance que l’école, en la phase

un de son programme, procède, ardoise

points et craie à l’appui). Ces meurtrissures,

j’en ignorais certes le préjudice ;

mais au retour, dans l’odeur de friture

qui nappait la rue Vivegnis,

un jour plus rien. Plus de tuyaux du gaz :

réenterrés. Rongé de métastases

scolaires, je marchais vers mon futur,

le nez au sol sans voir les cicatrices

qui marquaient les trottoirs de bosselures

tout au long de la rue Vivegnis.


 

 

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