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TRAVAUX EN COURS
Tuyaux du gaz.
Éventrée est la rue
par des nuées d’ouvriers torse nu
mais sans sueur.
mais sans sueur.(Ne
se rendent pas compte
que désormais se trouvent un peu plus
loin du Sud qu’espéré
loin du Sud qu’espéré(les
mœurs ne muent
que peu)).
que peu)).Au
volant de leurs mastodontes,
débobinent très vite
débobinent très vite— faut
que ça gaze ! —
les intestins de la rue liégeoise
où tu as vu le jour
où tu as vu le jour(en
la masure
quatre cent quarante-trois),
quatre cent quarante-trois),rue
matrice
par ses pavés disjoints de ta nature :
la rue Vivegnis.
Tuyaux du gaz.
Tuyaux du gaz.Avec
des amis tu
joues à courir dans les tranchées.
joues à courir dans les tranchées.Perdus
dans l’Ouest des Peaux-Rouges criards affrontent
des bandes de cow-boys qui à l’affût
défendent leur scalp à grands coups de fu-
sils.
sils.On
s’arrête enfin.
sils.On s’arrête enfin.On
fait les comptes.
Vainqueurs ou pas, on retourne à ses bases.
D’une fourchette lasse on y écrase
dans la purée toutes ces aventures.
Avec un bout de steak.
Avec un bout de steak.(Cruel
supplice.)
Soir.
Soir.Voici
l’heure où croissent les murmures
de la rue Vivegnis
jusqu’à ton lit.
jusqu’à ton lit.Sous
le plafond pointu,
tu regardes par la lucarne illu-
minée de lune ce concert qui monte
pour s’en aller jouer au fin fond du
cosmos.
cosmos.Dix.
cosmos.Dix.Neuf.
cosmos.Dix.Neuf.Tu
n’as pas la berlue…
Huit.
Huit.Sept.
Huit.Sept.Un
vrai rêve t’ouvre son conte :
tu t’y assieds le cul entre deux phrases…
Six.
Six.Cinq.
Six.Cinq.Moteur.
Six.Cinq.Moteur.Ta
capsule s’embrase…
Quatre.
Quatre.Trois.
Quatre.Trois.Deux.
Quatre.Trois.Deux.Tu
vas quitter les murs
de ta mansarde…
de ta mansarde…Un.
de ta mansarde…Un.Zéro.
de ta mansarde…Un.Zéro.Et
se dis-
loque ton corps
loque ton corps—
au fur et à mesure
que la rue Vivegnis
s’éloigne à l’infini.
s’éloigne à l’infini.Tu
dors.
s’éloigne à l’infini.Tu dors.Le
bu-
vard du sommeil au bout du ciel a bu
ta conscience.
ta conscience.Il
n’est rien qui te dompte,
aucune fin.
aucune fin.Tu
te dissous dans l’u-
nivers.
nivers.Tu
dors.
nivers.Tu dors.Lorsque
nivers.Tu dors.Lorsque—
turlututu ! —
tu ois des voix qui caquètent ton nom.
tu ois des voix qui caquètent ton nom.« Te
rêveras-tu ? Gros salaud ! Malheur ! »
rêveras-tu ? Gros salaud ! Malheur ! »jase-
t-on.
t-on.Je
m’éveille entre paronomases
et lapsus.
et lapsus.Avec
des gestes peu sûrs
je me bourre la bouche au dentifrice
et pars rejoindre d’autres créatures
rue Vivegnis
déjà sur le chemin de l’école. Eu
égard à mes parents, de tout chahut
je me gardais, asservi à la junte
des pédagogues qui, la voix aiguë,
au gré des cours instillaient la ciguë
brûlante du savoir (c’est à la fonte
de l’enfance que l’école, en la phase
un de son programme, procède, ardoise
points et craie à l’appui). Ces meurtrissures,
j’en ignorais certes le préjudice ;
mais au retour, dans l’odeur de friture
qui nappait la rue Vivegnis,
un jour plus rien. Plus de tuyaux du gaz :
réenterrés. Rongé de métastases
scolaires, je marchais vers mon futur,
le nez au sol sans voir les cicatrices
qui marquaient les trottoirs de bosselures
tout au long de la rue Vivegnis.
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