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LE LAITIER
DE NOËL
Tu as cinq ans!
Tu t’acharnes sur le gros paquet qu'on t'a offert. Mais la
ficelle est solide.
Ta mère t'aide avec une paire de ciseaux protégés, le cadeau de
tes quatre ans. Cela te paraît loin. Tu ne t'en souviens pas
très bien.
Depuis, tu as grandi. Ton pas est plus sûr. Tu parles avec des
mots précis. Si tu ne les comprends pas, tu les prononces,
malgré tout, avec aplomb.
Parfois, tu les chantes. Tu as entendu dire: « Il a l'oreille
musicale.»
Tu inventes des notes étranges qui te paraissent lourdes de
sens, et tu reproches à tes parents de ne pas les comprendre.
Tes ciseaux ne coupent pas: tu empruntes ceux de ta maman. Ils
ne coupent pas non plus.
Tu n'oses pas dire que tu les avais utilisés pour découper des
feuilles de plomb dans le fond du jardin.
Ce jour-là, tu étais rentré noir de boue, et ton père t'avait
grondé.
Mais ton père est un gentil papa. Tu l'as entendu dire à un
monsieur aussi grand que lui: « Maintenant, j'ai une complicité
avec Robin ».
Robin, c'est toi.
Robin Dubuisson!
Il t'avait déshabillé.
Tu étais tout nu dans la cave, les vêtements sales cachés dans
une grande machine bruyante. Il s'était absenté quelques
minutes, et tu avais eu une soudaine et violente envie de faire
pipi. Quand ton père était revenu pour te rhabiller avec des
vêtements propres, tu avais été un peu déçu.
« Voilà! Ne dis rien à maman.»
Tu l'avais gratifié de ton plus beau sourire. Ses yeux étaient
humides. Comme quand tu te fais mal, et que tu essaies de ne pas
pleurer.
Pourtant, ce jour-là, ton père semblait très joyeux. Il a ri!
C'était il y a très longtemps.
Quinze jours, peut-être!
La ficelle cède.
Ce sont les ciseaux de ta grand-mère qui la coupe.
Ceux-là, tu ne les avais pas encore vus. Cela te soulage de
savoir qu'il y a plusieurs paires de ciseaux dans la maison.
Quand on en abîme une, il suffit d'en prendre une autre.
Tu te fais la promesse de ne pas l'oublier.
Sous le papier rose, tu trouves un vélo.
Deux roues, plus petites, fixées à l'arrière, le maintiennent en
équilibre.
C'est vrai, tu es grand !
A ton réveil, tu ne t'en étais pas aperçu. Tu ne t'étais
d'ailleurs pas regardé dans la glace.
Ta mère t'avait réveillé:
« Robin, viens vite, il y a une surprise pour toi ».
Tout le monde t'attendait dans le grand salon. De toute
évidence, cette journée serait différente.
Tu as mis un doigt dans la bouche, et puis presque toute la
main. Et puis tu as voulu y mettre les deux mains, mais ta
bouche était trop petite. Alors, tu as saisi le bas de ton
pyjama, tu l'as soulevé et tu t'en es caché le visage.
Tu as fait pipi dans le pantalon du pyjama!
Tu étais tout mouillé, et un peu gêné.
Ta mère t'a embrassé le bas du ventre en te soulevant. Elle a
tendu les bras pour mieux te voir et murmurer: « Mon Dieu! Comme
tu as changé! ».
Tu es revenu dans le salon, habillé de tes vêtements du
dimanche. Ta mère jouait à la grande dame pendant qu'elle
t'entraînait vers le milieu de la pièce. Tu te sentais quelqu'un
d'important.
Tu t'es même demandé si ce n'était pas toi qui entraînais ta
mère.
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