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Revue littéraire  -  Éditions  -  Rencontres   

 

   

 

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de Roland Counard

 

 

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Le chas de l'aiguille


roman de Roland Counard

135 pages, 2005, 13 €
ISBN 2-930330-21-X, (broché)

 


"Trois courts romans qui mettent en scène divers moments de l'enfance avec son lot de cruautés. Parfois définies comme de simples turpitudes, celles-ci sont traitées à la manière d'un polar, certes discrètement, mais polar malgré tout, puisqu'il y est question de meurtres voire d'assassinats."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'AUTEUR

Roland Counard

Né le 10 juin 1951 à Herstal.  Poète, éditeur, revuiste (CGL) et animateur de revues des revues, il a publié à l'Arbre à Paroles Brouillards, buvards, bavards, ainsi que Poèmes d'un lourd voisinage, aux Editions Tétras Lyre Soirée mondaine, puis Amputations.

Dans une première version, Trois filles et un garçon et Le Laitier de Noël ont paru en 1996 dans un n° hors série de la revue Courant d'ombres.

 

LIRE LES PREMIÈRES PAGES

LE LAITIER DE NOËL

Tu as cinq ans!
Tu t’acharnes sur le gros paquet qu'on t'a offert. Mais la ficelle est solide.
Ta mère t'aide avec une paire de ciseaux protégés, le cadeau de tes quatre ans. Cela te paraît loin. Tu ne t'en souviens pas très bien.
Depuis, tu as grandi. Ton pas est plus sûr. Tu parles avec des mots précis. Si tu ne les comprends pas, tu les prononces, malgré tout, avec aplomb.
Parfois, tu les chantes. Tu as entendu dire: « Il a l'oreille musicale.»
Tu inventes des notes étranges qui te paraissent lourdes de sens, et tu reproches à tes parents de ne pas les comprendre.

Tes ciseaux ne coupent pas: tu empruntes ceux de ta maman. Ils ne coupent pas non plus.
Tu n'oses pas dire que tu les avais utilisés pour découper des feuilles de plomb dans le fond du jardin.
Ce jour-là, tu étais rentré noir de boue, et ton père t'avait grondé.
Mais ton père est un gentil papa. Tu l'as entendu dire à un monsieur aussi grand que lui: « Maintenant, j'ai une complicité avec Robin ».
Robin, c'est toi.
Robin Dubuisson!

Il t'avait déshabillé.
Tu étais tout nu dans la cave, les vêtements sales cachés dans une grande machine bruyante. Il s'était absenté quelques minutes, et tu avais eu une soudaine et violente envie de faire pipi. Quand ton père était revenu pour te rhabiller avec des vêtements propres, tu avais été un peu déçu.
« Voilà! Ne dis rien à maman.»
Tu l'avais gratifié de ton plus beau sourire. Ses yeux étaient humides. Comme quand tu te fais mal, et que tu essaies de ne pas pleurer.
Pourtant, ce jour-là, ton père semblait très joyeux. Il a ri! C'était il y a très longtemps.
Quinze jours, peut-être!

La ficelle cède.
Ce sont les ciseaux de ta grand-mère qui la coupe.
Ceux-là, tu ne les avais pas encore vus. Cela te soulage de savoir qu'il y a plusieurs paires de ciseaux dans la maison. Quand on en abîme une, il suffit d'en prendre une autre.
Tu te fais la promesse de ne pas l'oublier.

Sous le papier rose, tu trouves un vélo.
Deux roues, plus petites, fixées à l'arrière, le maintiennent en équilibre.
C'est vrai, tu es grand !
A ton réveil, tu ne t'en étais pas aperçu. Tu ne t'étais d'ailleurs pas regardé dans la glace.

Ta mère t'avait réveillé:
« Robin, viens vite, il y a une surprise pour toi ».
Tout le monde t'attendait dans le grand salon. De toute évidence, cette journée serait différente.
Tu as mis un doigt dans la bouche, et puis presque toute la main. Et puis tu as voulu y mettre les deux mains, mais ta bouche était trop petite. Alors, tu as saisi le bas de ton pyjama, tu l'as soulevé et tu t'en es caché le visage.
Tu as fait pipi dans le pantalon du pyjama!

Tu étais tout mouillé, et un peu gêné.
Ta mère t'a embrassé le bas du ventre en te soulevant. Elle a tendu les bras pour mieux te voir et murmurer: « Mon Dieu! Comme tu as changé! ».
Tu es revenu dans le salon, habillé de tes vêtements du dimanche. Ta mère jouait à la grande dame pendant qu'elle t'entraînait vers le milieu de la pièce. Tu te sentais quelqu'un d'important.
Tu t'es même demandé si ce n'était pas toi qui entraînais ta mère.

 

 

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